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    Palantir, l'Œil Etats-Unien braqué sur l'Europe

    Partenaire de la DGSI depuis 2016 et prestataire du système de santé britannique depuis 2023, Palantir s'est installé au cœur d'appareils publics européens sensibles. Confier des données de souveraineté à une entreprise soumise au droit américain soulève des questions que seule l'émergence d'alternatives européennes crédibles peut traiter.

    15 juin 20263 min de lecture
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    L'équipe Zolty

    Fondée en 2003, l'entreprise américaine Palantir développe des logiciels d'analyse de grands volumes de données au service de la décision, notamment dans l'antiterrorisme. En France, la DGSI utilise son logiciel Gotham depuis 2016. Le choix avait été fait dans l'urgence après les attentats de 2015 : devant une commission parlementaire, en mai 2016, le directeur général de la sécurité intérieure Patrick Calvar indiquait que le choix n'était « pas encore fait » mais que « la solution sera temporaire », rapporte Solutions Numériques. Le contrat a été signé faute de solution française ou européenne disponible, la DGSI précisant qu'elle seule traiterait les données.

    Une solution temporaire devenue durable

    Dix ans plus tard, le provisoire a duré. Le contrat a été reconduit à plusieurs reprises, la dernière fois en décembre 2025 pour trois ans, soit jusqu'en 2028, d'après L'Essentiel de l'Éco. Selon une réponse écrite du ministère de l'Intérieur citée par le même média, ce renouvellement visait à « garantir une transition rationnelle et maîtrisée », les solutions françaises n'étant pas encore pleinement opérationnelles au début de 2026. Le programme de remplacement, baptisé OTDH, a été lancé au début des années 2020.

    Le Royaume-Uni, autre point d'ancrage

    Outre-Manche, Palantir a remporté en novembre 2023 le contrat de la Federated Data Platform du NHS England, d'une valeur de 330 millions de livres sur sept ans, pour relier les données dispersées entre les systèmes hospitaliers, selon The Register. NHS England affirme que les données restent sous son contrôle et ne servent qu'aux soins directs et à la planification, et non à la recherche. L'entreprise travaille aussi pour la défense, les polices, le Home Office et le renseignement britanniques, selon un recensement d'L'Essentiel de l'Éco qui chiffre ces contrats à environ 1,17 milliard d'euros, ce qui en fait un fournisseur structurant de l'État.

    Ce que recouvre la question de souveraineté

    Le débat ne porte pas sur la qualité technique des outils, largement reconnue par leurs utilisateurs, mais sur trois risques. Le premier est juridique : une entreprise américaine reste soumise au droit de son pays, y compris à ses dispositifs extraterritoriaux d'accès aux données. Le deuxième est politique : les prises de position de plus en plus explicites des dirigeants de l'entreprise sur la défense des intérêts américains interrogent l'alignement d'un fournisseur placé au cœur de services de souveraineté. Le troisième est éthique : des associations de défense des libertés et des élus, aux États-Unis comme en Europe, critiquent l'usage de ces plateformes pour agréger des données personnelles à grande échelle, notamment par les services américains de l'immigration.

    La DGSI a toujours présenté sa dépendance comme transitoire. L'émergence d'acteurs français dans l'analyse de données hétérogènes ne règle pas toutes les questions éthiques liées à ces outils, mais elle ouvre la voie à des solutions souveraines. Depuis la publication de cet article, le gouvernement a annoncé le 16 juin 2026 que Palantir serait progressivement remplacé à la DGSI par la plateforme du français ChapsVision ; Palantir a fait savoir que son contrat demeurait « pleinement en vigueur », selon l'AFP reprise par Boursorama.

    Pour les entreprises européennes, ces arbitrages publics ont valeur de signal : ils montrent que la juridiction et le positionnement politique d'un fournisseur de données critiques entrent désormais dans l'évaluation du risque, au même titre que sa performance.

    Ce que les équipes de veille doivent surveiller

    • Le calendrier réel de la bascule à la DGSI et le sort du contrat Palantir avant 2028.
    • Les décisions britanniques sur la plateforme de données du NHS et sur les autres contrats publics de l'entreprise, souvent précédées d'auditions parlementaires.
    • Les évolutions du droit américain sur l'accès aux données détenues par des entreprises nationales, à intégrer à une veille géopolitique et risque pays.
    • Les choix des autres services et polices européens, ainsi que la montée en puissance des offres européennes d'analyse de données, que suit une démarche de web intelligence structurée.
    • Les incidents de sécurité ou fuites touchant des plateformes d'analyse, à couvrir par une veille des risques cyber.

    Sources

    Pour aller plus loin

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    Trois rapports NewsCore qui prolongent l'analyse de cet article.