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    Le Kazakhstan, le hub numérique de l'Asie centrale

    Ministère dédié à l'IA, accords de 10 milliards de dollars avec Firebird et NVIDIA pour la « Data Center Valley » d'Ekibastuz, supercalculateur national classé au TOP500 : le Kazakhstan veut réorienter sa rente énergétique vers le calcul et entraîner localement des modèles d'IA en kazakh.

    15 juin 20263 min de lecture
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    L'équipe Zolty

    Le Kazakhstan accélère sa transition numérique et veut faire de l'intelligence artificielle un relais de croissance après des décennies de rente pétrolière. Le pays a créé un ministère dédié, multiplie les accords avec des acteurs mondiaux du calcul et concentre ses projets de centres de données autour d'Ekibastuz, dans la région de Pavlodar. L'ambition affichée est double : exporter de la puissance de calcul et disposer des capacités nécessaires pour entraîner localement des modèles d'IA nationaux.

    Un ministère de l'IA et une année dédiée

    Le cadre politique s'est construit rapidement. Annoncé par le président Kassym-Jomart Tokaïev dans son adresse à la nation du 8 septembre 2025, le ministère de l'Intelligence artificielle et du Développement numérique a été créé par décret en réorganisant l'ancien ministère du Développement numérique, de l'Innovation et de l'Industrie aérospatiale, et placé sous la responsabilité d'un vice-Premier ministre, rapporte Fergana. Le gouvernement a ensuite fait de 2026 l'année de la numérisation et de l'intelligence artificielle et adopté la stratégie nationale « Digital Qazaqstan », selon le gouvernement kazakh.

    Ekibastuz, la « vallée des centres de données »

    Le projet phare est la « Data Center Valley » d'Ekibastuz. Le 15 juin 2026, le gouvernement, l'opérateur national Kazakhtelecom, la société américaine d'infrastructures d'IA Firebird et NVIDIA ont signé un ensemble d'accords d'un montant total de 10 milliards de dollars, indique le cabinet du Premier ministre. Environ 300 MW de capacité électrique sont déjà disponibles, le site est conçu pour monter à 1 GW et un cluster de 100 000 puces GPU est prévu, avec un lancement annoncé par Firebird pour 2027. Le vice-Premier ministre Zhaslan Madiyev table sur au moins 3 milliards de dollars de recettes d'exportation annuelles.

    La logique est explicitement énergétique. Ekibastuz est un grand bassin charbonnier et électrique : selon le président de Kazakhtelecom, cité dans le même communiqué, le pays est en train de « transformer le charbon d'Ekibastuz en recettes d'exportation numériques ». C'est aussi la limite du modèle, car une puissance de calcul alimentée au charbon pèsera dans les arbitrages des clients soumis à des objectifs climatiques.

    Un supercalculateur national et des LLM en langue kazakhe

    En parallèle, l'État finance ses propres capacités. Inauguré en juillet 2025 à Astana, le supercalculateur Alem.cloud est présenté comme le plus puissant d'Asie centrale ; il doit servir aux services publics numériques et au développement de modèles d'IA, dont KazLLM, un grand modèle de langage en kazakh, selon Euronews. En novembre 2025, l'opérateur public NITEC a annoncé l'entrée d'Alem.cloud au 86e rang du classement mondial TOP500, avec une performance de plusieurs dizaines de pétaflops sur des accélérateurs NVIDIA H200.

    L'objectif politique est celui d'une IA souveraine : des modèles entraînés localement, dans la langue nationale, et des données publiques hébergées sur le territoire. La stratégie kazakhe consiste ainsi à réorienter la rente énergétique vers le numérique, en misant sur une électricité abondante et bon marché pour attirer les investisseurs étrangers.

    Enjeux pour les entreprises

    Pour les groupes européens, ce hub ouvre des opportunités (fourniture d'équipements, ingénierie, services cloud régionaux) mais pose aussi des questions de conformité : contrôle des exportations de puces avancées, exposition aux sanctions dans une région voisine de la Russie et de la Chine, gouvernance des données. Les annonces d'investissements très élevées doivent par ailleurs être lues avec prudence tant que les capacités ne sont pas livrées.

    Ce que les équipes de veille doivent surveiller

    Une veille géopolitique sur l'Asie centrale et une veille technologique sur les infrastructures d'IA permettent de suivre ce dossier. Signaux concrets :

    • Le respect du calendrier d'Ekibastuz : livraison des premières tranches, montée en puissance au-delà de 300 MW.
    • Les licences d'exportation américaines pour les GPU destinés au Kazakhstan, condition préalable au cluster annoncé.
    • Les nouveaux partenaires étrangers (hyperscalers, fonds du Golfe, acteurs chinois) et la répartition public-privé des financements.
    • La publication et l'adoption effective des modèles nationaux (KazLLM et suivants) dans les services publics.
    • Les contraintes d'approvisionnement électrique et hydrique qui pourraient limiter la croissance des centres de données.

    Sources

    Pour aller plus loin

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    Trois rapports NewsCore qui prolongent l'analyse de cet article.