La Syrie mise sur Bruxelles pour se reconstruire
Damas adopte une diplomatie transactionnelle vis-à-vis de l'UE : retour au système bancaire international, accès à Erasmus+ et appel aux investissements en échange d'une image de stabilité. Le remaniement d'Ahmed al-Charaa, qui écarte son frère du secrétariat général de la présidence, vise à dissiper les accusations de dérive familiale.

L'équipe Zolty
La Syrie poursuit sa prospection auprès de l'Union européenne. Le ministre syrien des Affaires étrangères, Assaad Hassan al-Chaibani, martèle les priorités de l'action gouvernementale : le rétablissement des infrastructures d'eau, d'énergie et de transport ; le développement des services publics de santé, d'éducation et de protection sociale ; l'appel aux investissements pour relancer l'économie ; enfin, le renforcement progressif des administrations de l'État. Il met en avant deux demandes concrètes : la pleine réintégration au système bancaire international, dont SWIFT est la porte d'entrée, et une coopération avec l'Union européenne dans le cadre d'Erasmus+.
Un dégel européen engagé depuis 2025
Ces demandes s'appuient sur une séquence déjà bien entamée. Le 20 mai 2025, le Conseil de l'UE a décidé de lever ses sanctions économiques sectorielles contre la Syrie, en conservant les mesures visant le clan Assad et celles liées à la sécurité, et a retiré 24 entités des listes, dont la Banque centrale de Syrie, selon la déclaration publiée par la Commission européenne. En juin 2025, la Syrie a réalisé son premier virement international via SWIFT depuis le début de la guerre, d'une banque syrienne vers une banque italienne, a annoncé le gouverneur de la banque centrale dans une dépêche Reuters reprise par le Deccan Herald.
Le 11 mai 2026, le Conseil a rétabli la pleine application de l'accord de coopération UE-Syrie de 1977, partiellement suspendu depuis 2011, ce qui lève notamment les restrictions sur les importations de pétrole syrien, d'or et de métaux précieux, rapporte Eunews. Bruxelles a accompagné la décision d'enveloppes ciblées (15 millions d'euros pour un pôle d'assistance technique, 14 millions pour l'hôpital d'Al-Rastan à Homs) dans un ensemble de 620 millions d'euros annoncé en janvier. Al-Chaibani y a affirmé que « la reconstruction sur le terrain a déjà commencé » et qu'elle devait être conduite par les institutions syriennes.
Une diplomatie transactionnelle
Ces demandes soutiennent l'image d'un État capable de définir son agenda et ses priorités. La Syrie adopte une approche transactionnelle, consciente de sa position stratégique pour les entreprises et des attentes européennes sur le retour des réfugiés. Sur ce point, Eunews rappelle les mises en garde de Human Rights Watch contre des retours prématurés, et la position de la commissaire Dubravka Šuica : l'UE ne pousse personne au départ, le retour devant être sûr, digne et volontaire.
Un remaniement pour rassurer
Cette dynamique s'accompagne d'un signal politique intérieur. Le 9 mai, le président Ahmed al-Charaa a procédé au premier remaniement depuis la chute d'Assad et remplacé son frère Maher au secrétariat général de la présidence par Abdul Rahman al-Aama, jusque-là gouverneur de Homs, indique Al Jazeera. Le geste est lu comme une réponse aux accusations de népotisme et de dérive familiale héritée du régime précédent. Damas veut ainsi réaffirmer sa volonté de construire un État-nation et rassurer ses partenaires sur la stabilité politique de la transition.
Les enjeux pour les entreprises
Le rétablissement de l'accord de coopération replace la Syrie dans le cadre juridique ordinaire des échanges avec l'UE : importations de matières premières, contrats de reconstruction, financements européens. Mais l'ouverture reste graduelle et réversible. Les sanctions individuelles maintenues, la solidité encore incertaine du système bancaire et la fragilité sécuritaire imposent une diligence approfondie sur chaque contrepartie.
Ce que les équipes de veille doivent surveiller
- Les décisions du Conseil sur les mesures restrictives encore en vigueur et leurs renouvellements, à suivre dans une veille des sanctions internationales.
- Le rétablissement effectif des relations de correspondance bancaire, condition de tout paiement fluide vers et depuis la Syrie.
- Les appels d'offres financés par l'UE et la conférence d'investissement annoncée pour la reconstruction.
- Les signaux de stabilité ou de tension au sommet de l'État (remaniements, nominations, tensions communautaires), à intégrer dans une veille géopolitique du risque pays.
- L'identité et la réputation des partenaires locaux, à documenter dans l'évaluation des risques fournisseurs et tiers.
Sources
- Eunews, EU reinstates cooperation agreement with Syria suspended in 2011 (2026)
- Commission européenne, Syria: Council statement on lifting EU economic sanctions (2025)
- Deccan Herald (dépêche Reuters), Syria completes first global SWIFT transfer since war (2025)
- Al Jazeera, Syria sees first government reshuffle since al-Assad's ouster (2026)
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