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    IA de surveillance africaine : dépendance chinoise

    Selon un rapport de l'IDS publié en mars 2026, 11 gouvernements africains ont dépensé plus de 2 milliards de dollars en systèmes de surveillance par IA, fournis et financés en grande majorité par la Chine. Sans cadre légal dédié, ces outils (reconnaissance faciale, lecture de plaques) auraient servi à surveiller des militants et des manifestants, révélant une dépendance stratégique croissante envers Pékin.

    15 juin 20263 min de lecture
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    L'équipe Zolty

    Au moins 11 gouvernements africains ont dépensé plus de 2 milliards de dollars en systèmes de surveillance alimentés par l'intelligence artificielle, fournis et financés dans leur grande majorité par des entreprises chinoises. Ces technologies (reconnaissance faciale, lecture automatique des plaques d'immatriculation, centres de contrôle « smart city ») sont vendues comme des outils de modernisation urbaine, sans preuve convaincante de leur efficacité contre la criminalité. C'est la conclusion d'un rapport publié en mars 2026 par l'Institute of Development Studies (IDS) et l'African Digital Rights Network, rapporte IPS.

    Onze pays, plus de 2 milliards de dollars

    L'étude porte sur l'Algérie, l'Égypte, le Kenya, Maurice, le Mozambique, le Nigeria, le Rwanda, le Sénégal, l'Ouganda, la Zambie et le Zimbabwe. Le Nigeria est le plus gros acheteur, avec plus de 470 millions de dollars investis principalement dans la reconnaissance faciale et la lecture de plaques, devant Maurice (456 millions) et le Kenya (219 millions), selon IPS. Le total réel est probablement plus élevé : les dépenses de surveillance sont souvent secrètes, les données manquaient pour deux pays et restaient incomplètes pour les autres, et l'étude ne couvre que 11 des 55 pays du continent. Des fournisseurs coréens, israéliens et américains sont aussi présents, mais à la marge.

    Le modèle de financement renforce la dépendance. Une grande partie de ces achats est financée par des prêts de banques chinoises, que les auteurs décrivent comme « conditionnés à l'achat de technologies et de services chinois », indique Rest of World. Huawei et Hikvision figurent parmi les partenaires de ces déploiements, selon Biometric Update.

    Un vide juridique propice aux abus

    Presque aucun des pays étudiés ne dispose d'une législation dédiée encadrant la vidéosurveillance de l'espace public, la reconnaissance faciale ou l'IA ; les organes de contrôle indépendants et les voies de recours font défaut, et l'échelle des dispositifs dépasse souvent la menace réelle, relève Biometric Update. Le stockage et l'exploitation des données collectées échappent ainsi largement à tout encadrement.

    Opposants politiques, journalistes et militants en font les frais. Selon Rest of World, la reconnaissance faciale aurait été utilisée pour surveiller des militants en Ouganda et contre les manifestations menées par la génération Z au Kenya, d'après un rapport d'Amnesty International. Au Zimbabwe, des critiques du gouvernement craignent d'être ciblés, et au Mozambique des caméras intelligentes ont été déployées dans des zones où l'opposition est concentrée, ajoute IPS.

    Une dépendance stratégique plus qu'un enjeu de libertés

    L'enjeu dépasse la seule question des libertés publiques. C'est une dépendance stratégique de l'Afrique vis-à-vis de la Chine qui se dessine dans un secteur technologique critique : infrastructures de télécommunications, logiciels, maintenance, hébergement des données et financement relèvent souvent des mêmes acteurs. Les auteurs recommandent des lois spécifiques sur la surveillance de l'espace public, une autorisation judiciaire pour certaines mesures, des organes de contrôle réellement indépendants et des contrats protégeant la souveraineté des données.

    Sur le plan continental, l'Union africaine a adopté en juillet 2024 sa première stratégie continentale en matière d'IA, avec une période de mise en œuvre de 2025 à 2030, selon l'observatoire OECD.AI. Mais la majorité des pays africains ne disposent toujours pas de stratégie nationale d'IA, et ceux qui en ont adopté peinent à la traduire en gouvernance effective.

    Ce que les équipes de veille doivent surveiller

    Pour les entreprises qui opèrent en Afrique (télécoms, intégrateurs, banques, groupes industriels exposés à des marchés publics), ce sujet relève d'une veille géopolitique sur le risque pays et d'une veille des risques fournisseurs et du devoir de vigilance. Signaux concrets :

    • L'adoption de lois nationales sur la protection des données, la vidéosurveillance et l'IA, et la création d'autorités de contrôle indépendantes.
    • Les nouveaux contrats « smart city » et leur mode de financement (prêts liés, partenariats public-privé).
    • Les signalements d'usages répressifs par les ONG et la presse, qui créent un risque réputationnel pour les partenaires locaux et les sous-traitants.
    • Les sanctions ou restrictions occidentales visant certains fournisseurs chinois de surveillance, susceptibles de toucher les chaînes d'approvisionnement.
    • Les initiatives de l'Union africaine pour mettre en œuvre sa stratégie IA d'ici 2030.

    Sources

    Pour aller plus loin

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    Trois rapports NewsCore qui prolongent l'analyse de cet article.