NewsCore
    ChineEuropeIndustrieSouverainetéTerres raresVeille

    Fensfeltet : 15,9 Mt de terres rares en Norvège

    Réévalué en mars 2026 à 15,9 millions de tonnes d'oxydes, le gisement norvégien de Fensfeltet est le plus grand d'Europe et une réponse potentielle à la dépendance européenne envers la Chine. Mais 78 espèces menacées sur le site et la reprise en main de la planification par l'État repoussent la production au début des années 2030.

    15 juin 20264 min de lecture
    ZOLTY .IE
    ZOLTY .IE

    L'équipe Zolty

    Le 3 mars 2026, la société minière norvégienne Rare Earths Norway, qui détient les droits d'extraction sur le site de Fensfeltet (le « champ de Fen », dans le comté de Telemark), a publié une nouvelle estimation de ses ressources : environ 15,9 millions de tonnes d'oxydes de terres rares, soit près de 80 % de plus que l'estimation de 2024, rapporte The Local Norway. Le gisement, situé à environ 150 kilomètres au sud-ouest d'Oslo, devient ainsi de loin le plus important d'Europe. Les terres rares sont indispensables à un très grand nombre de technologies (aimants permanents des moteurs électriques et des éoliennes, électronique, défense) et donc à la transition énergétique.

    Un gisement qui change d'échelle

    La révision n'est pas anecdotique. Selon une dépêche de Reuters reprise par Kitco, l'estimation de mars 2026 dépasse de 81 % celle de 2024, et le néodyme et le praséodyme (le couple NdPr, au cœur des aimants permanents) représentent environ 19 % des oxydes recensés. Rare Earths Norway vise une production d'environ 800 tonnes de NdPr par an à l'horizon 2032, soit de l'ordre de 5 % de la demande européenne. L'entreprise met en avant un concept de « mine invisible », avec extraction et concassage en souterrain, et évoque le niobium et le thorium comme sous-produits potentiellement valorisables.

    Pour mesurer l'enjeu, il faut rappeler les ordres de grandeur du marché. Selon l'US Geological Survey, la production minière mondiale de terres rares a atteint environ 350 000 tonnes d'équivalent oxyde en 2023, dont environ 240 000 tonnes pour la seule Chine au titre de ses quotas d'extraction.

    Une Europe dépendante de la Chine

    Aucun gisement de terres rares n'est aujourd'hui exploité en Europe. Une dépêche de l'AFP publiée par The Local Norway en décembre 2025 indiquait que l'industrie européenne importe environ 98 % de ses terres rares depuis la Chine. Le chiffre varie selon ce que l'on mesure : en masse, Eurostat a recensé 12 900 tonnes d'importations européennes de terres rares en 2024, dont 6 000 tonnes en provenance de Chine (46,3 %), précise une autre dépêche AFP reprise par Connaissance des Énergies. Sur les produits les plus stratégiques, la dépendance est beaucoup plus forte : Ursula von der Leyen a déclaré en octobre 2025 que plus de 90 % de la consommation européenne d'aimants à terres rares provenait d'importations chinoises, rapporte Euronews.

    Cette dépendance est devenue un sujet de souveraineté depuis que Pékin manie les contrôles à l'exportation comme un levier politique. Le règlement européen sur les matières premières critiques fixe l'objectif d'extraire dans l'Union au moins 10 % des besoins d'ici 2030 ; Fensfeltet, en Norvège (pays membre de l'Espace économique européen mais pas de l'UE), est l'un des rares projets capables de peser sur cet équilibre.

    Biodiversité et aménagement : le calendrier glisse

    Le projet bute toutefois sur des préoccupations environnementales. Des études menées sur la zone envisagée pour les installations de surface ont recensé 78 espèces inscrites sur la liste rouge norvégienne, dont des coléoptères saproxyliques, des ormes de montagne, des frênes, une quarantaine d'espèces de champignons et des mousses. Lors de la consultation, c'est le gouverneur du comté (préfet) qui s'est formellement opposé à l'emplacement retenu ; la maire locale, Linda Thorstensen, soutient en revanche le projet tout en reconnaissant qu'une part importante de nature serait sacrifiée, selon The Local Norway.

    Face à ces blocages, le gouvernement norvégien a annoncé le 22 avril 2026 qu'il reprenait la planification du site, à la demande de la commune, en invoquant le risque de conflits d'usage des sols. En septembre 2026, la ministre du Commerce et de l'Industrie, Cecilie Myrseth, a fixé l'objectif d'un plan d'exploitation en place « au plus tard en 2028 », tandis que Rare Earths Norway table sur un démarrage de la production dans la première moitié des années 2030 (fin 2031 selon Reuters).

    Ce que les équipes de veille doivent surveiller

    Pour les industriels consommateurs d'aimants, de moteurs ou d'électronique de puissance, Fensfeltet est un dossier de long terme qui se pilote par signaux. Une veille géopolitique structurée et une veille des risques fournisseurs permettent de les capter tôt :

    • Les décisions norvégiennes d'aménagement : choix d'un site alternatif pour les installations de surface, calendrier du plan d'exploitation, recours éventuels des associations environnementales.
    • Les annonces de financement et d'enlèvement (accords de fourniture avec des aimantiers ou constructeurs européens), qui conditionnent la viabilité économique.
    • Les nouvelles mesures chinoises de contrôle des exportations de terres rares et d'aimants, qui modifient la valeur stratégique des projets européens.
    • L'avancement des projets concurrents en Europe (Suède, Groenland) et des capacités de séparation et de raffinage, souvent le vrai goulet d'étranglement.
    • Les évolutions réglementaires européennes sur les matières premières critiques, à suivre dans une veille sectorielle dédiée.

    Sources

    Pour aller plus loin

    Tous les rapports

    Trois rapports NewsCore qui prolongent l'analyse de cet article.