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    ChapsVision, le Palantir français

    Fondée en 2019, ChapsVision s'est imposée par acquisitions successives comme un acteur du renseignement technologique en France, jusqu'à être retenue par la DGSI et par le renseignement intérieur allemand à la place de Palantir. La concentration, chez un même acteur privé, d'outils de géolocalisation, d'interception judiciaire et d'analyse de sources ouvertes pose aussi des questions de contrôle démocratique.

    19 août 20264 min de lecture
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    L'équipe Zolty

    ChapsVision est une entreprise française fondée en 2019 par Olivier Dellenbach. En quelques années, elle a construit par acquisitions successives un ensemble d'outils de traitement de la donnée destinés aux administrations et aux grandes entreprises, jusqu'à devenir, en 2026, l'alternative retenue par deux services de renseignement européens à la place de l'américain Palantir. Ce parcours fait d'elle un cas d'école de souveraineté technologique, mais aussi un sujet de vigilance démocratique.

    Une croissance construite par acquisitions

    Selon Le Monde Informatique, le groupe a notamment intégré Coheris (CRM), Elektron (interception judiciaire et data intelligence), Bertin IT (veille en cybersécurité), Vecsys (reconnaissance vocale) et Sinequa (moteurs de recherche fondés sur l'IA), et a levé 85 millions d'euros en 2024 auprès de Tikehau Capital, Qualium, Bpifrance, Geneo Capital et Jolt Capital. En octobre 2022, ChapsVision avait également annoncé le rachat de Deveryware, spécialiste de la géolocalisation et de l'investigation numérique, et d'Ockham Solutions, regroupés dans sa division cyber, Flandrin Technologies.

    L'une de ces opérations a suscité des interrogations. Elektron, rachetée début 2022, avait repris en 2021 les activités de sa société sœur Nexa Technologies, ex-Amesys. Or Amesys et Nexa sont au cœur d'une procédure judiciaire : en juin 2021, quatre dirigeants des deux sociétés ont été mis en examen à Paris pour complicité de torture en Libye et pour complicité de torture et de disparitions forcées en Égypte, à la suite de plaintes de la FIDH et de la LDH relatives à la vente de technologies de surveillance. L'instruction n'est pas close et les personnes concernées sont présumées innocentes. L'enquête « Predator Files », coordonnée en 2023 avec l'appui d'Amnesty International, a par ailleurs présenté Nexa Technologies comme membre de l'alliance Intellexa, qui commercialise le logiciel espion Predator. Ces faits portent sur des entités et des périodes antérieures au rachat par ChapsVision.

    La DGSI et le BfV choisissent ArgonOS

    Le cœur commercial du groupe est sa plateforme ArgonOS, qui collecte, prépare, analyse et visualise des données hétérogènes. La DGSI l'a retenue au terme du programme OTDH (outil de traitement de la donnée hétérogène), lancé en 2022 avec neuf candidats, puis trois en 2023. ChapsVision a remporté le premier lot fin 2024, consacré à la préparation des données, puis le second en juin 2026, consacré à l'analyse, à la sécurisation et à la visualisation. Le 16 juin 2026, le Premier ministre a annoncé que Palantir serait « progressivement remplacé » à la DGSI, dont le contrat Gotham, reconduit en décembre 2025, court jusqu'en 2028, comme le détaille L'Essentiel de l'Éco. Le montant du programme n'a pas été rendu public.

    Un mois plus tôt, l'Office fédéral allemand de protection de la Constitution (BfV) avait fait le même choix. D'après les enquêtes de la WDR, de la NDR et de la Süddeutsche Zeitung reprises par WinFuture, le service a acheté ArgonOS après une phase de test, en mettant en avant la souveraineté numérique et l'hébergement des données dans l'Union européenne. Son usage reste toutefois limité tant que la réforme du droit allemand du renseignement n'a pas fixé de base juridique claire.

    Souveraineté et contrôle démocratique : deux enjeux distincts

    Le choix d'un fournisseur européen répond à une préoccupation de dépendance : il soustrait des données sensibles à un éditeur soumis à un droit étranger. Il ne règle pas pour autant la question du contrôle. Réunir chez un même acteur privé des briques de géolocalisation, d'interception judiciaire, d'analyse de sources ouvertes et d'IA appliquée à des volumes massifs de données appelle des garde-fous solides : audit des traitements, cloisonnement des usages, contrôle par les autorités indépendantes (CNIL, CNCTR en France) et transparence sur les contrats publics. La question vaut quel que soit le pavillon du fournisseur.

    Pour les entreprises, l'épisode illustre aussi une tendance de fond : la commande publique européenne intègre désormais explicitement le critère de souveraineté dans ses choix technologiques, ce qui redessine le marché de l'analyse de données sensibles et les alliances industrielles qui l'accompagnent.

    Ce que les équipes de veille doivent surveiller

    • Le calendrier effectif de bascule à la DGSI : les appels d'offres complémentaires, les auditions parlementaires et le sort du contrat Palantir avant son échéance de 2028.
    • La réforme allemande du renseignement, qui conditionne l'usage d'ArgonOS par le BfV, et les autres procédures en cours outre-Rhin (polices régionales, armée).
    • Les suites judiciaires du dossier Amesys/Nexa, à suivre dans une logique de veille des risques cyber et des signaux OSINT liés aux technologies de surveillance.
    • Les nouvelles acquisitions et levées de fonds du groupe, qui renseignent sur sa trajectoire et sur la consolidation du secteur ; un dispositif d'intelligence économique permet de les replacer dans le jeu concurrentiel européen.
    • Les positions des régulateurs et des autorités de contrôle sur l'usage de l'IA dans le renseignement, qui fixeront les limites d'emploi de ces plateformes.

    Sources

    Pour aller plus loin

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    Trois rapports NewsCore qui prolongent l'analyse de cet article.